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Le terme « béatitudes » provient du latin beatus, signifiant « bienheureux ». Bien que ce mot ne figure pas en tant que tel dans les Écritures, nous l’utilisons couramment pour désigner les premiers versets de Matthieu 5 dans lesquels Jésus-Christ décrivit neuf états spirituels qui devraient caractériser la vie de Ses disciples. Lorsque nous lisons ces béatitudes, nous nous concentrons généralement sur les états personnels qui y sont décrits et sur les récompenses qui sont offertes. Étudions le mot « bienheureux », utilisé neuf fois au début du sermon sur la montagne. (Note : les versions en français Segond et Ostervald ont traduit beatus par “heureux”, Martin par “bienheureux” et Stern par “bénis”.) Que veut dire la Bible lorsqu’elle nous décrit comme étant bienheureux ou heureux ? Nous pouvons mieux comprendre ce terme en voyant comment il est utilisé ailleurs dans les Écritures. Le livre des Psaumes commence par ces mots : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit ! » (Psaume 1 :1-2). Les auteurs hébreux utilisaient souvent des « triades » (des groupes de trois phrases ou trois concepts) pour souligner l’entièreté d’un sujet. Par exemple, « l’étranger, l’orphelin et la veuve » (Deutéronome 14 :29) était une façon de décrire toutes les personnes en marge de la société, pas uniquement ceux qui appartenaient à ces trois catégories précises. Le commandement de « pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement » (voir Michée 6 :8) était un appel à développer tous les aspects du caractère saint et juste de Dieu, pas uniquement ces trois qualités. De même, l’homme décrit au premier verset du livre des Psaumes a totalement rejeté un mode de vie mauvais qu’il a choisi de remplacer par la voie décrite au verset 2. Le roi Salomon expliqua ainsi que le peuple est « heureux s’il observe la loi » (Proverbes 29 :18). Le mot traduit par « heureux » dans ces deux versets est dérivé du mot hébreu esher. Afin de comprendre le sens et l’intention de Matthieu lorsqu’il utilisa le terme « heureux », nous devrions également examiner un autre mot hébreu, barak, fréquemment traduit en français par le verbe « bénir ». Barak est utilisé pour la première fois lorsque notre Créateur, après avoir formé les êtres humains, les bénit (barak) et leur confia une mission (Genèse 1 :26-28). Nous retrouvons également ce terme à quatre reprises dans la bénédiction adressée à Abram, lorsqu’il lui fut expliqué que sa descendance serait une bénédiction pour toutes les nations (Genèse 12 :2-3). Lorsque le premier-né reçut de son père la bénédiction du droit d’aînesse, le verbe « bénir », employé à de nombreuses reprises, est traduit de barak (Genèse 27 :4-29). Avec barak, la bénédiction met l’accent sur ce que celui qui la donne fait pour le récipiendaire. Nous trouvons également le mot berakah (un dérivé de barak) dans les dernières paroles que l’Éternel adressa aux enfants d’Israël par l’intermédiaire de Moïse : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction [berakah] et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Deutéronome 30 :19). Esher, le type de bénédiction mentionné dans Psaume 1 :1 et dans les béatitudes (makarios en grec), est clairement différent de barak, car esher décrit une réponse appropriée à une bénédiction initiale accordée par Dieu. Les conditions de la bénédictionLorsque nous abordons le Nouveau Testament, nous constatons que différents mots grecs sont utilisés pour traduire les termes hébreux barak et esher. Le mot hébreu barak correspond au grec eulogeo ou eulogia, d’où nous tirons la notion d’éloge (parler en bien de quelqu’un, louer ou bénir une personne). En décrivant les dernières heures que Jésus passa avec Ses disciples, Luc écrivit qu’Il « les conduisit jusque vers Béthanie, et, ayant levé les mains, il les bénit [eulogeo] » (Luc 24 :50). Eulogeo est également employé lorsque l’ange Gabriel vint informer Marie de la place qu’elle allait occuper dans le plan de Dieu le Père afin que Son Fils devienne chair (Luc 1 :28). C’est le type de bénédiction que nous devons accorder à ceux qui nous maltraitent (Matthieu 5 :44) et, surtout, il s’agit de la bénédiction que nous recevrons lorsque nous hériterons du Royaume de Dieu (Matthieu 25 :34). Cependant, eulogeo n’est pas le terme employé dans le sermon sur la montagne. Dans ces versets, il ne s’agit pas d’une bénédiction accordée par Dieu ou par un supérieur. Le mot grec traduit par « heureux » dans les béatitudes est makarios, l’équivalent grec d’esher – ces deux mots véhiculent la même idée : le résultat de l’organisation de notre vie selon la volonté révélée de Dieu. Esher décrit une bénédiction qui exige quelque chose de notre part. Le psalmiste nous en donne un aperçu lorsqu’il déclara : « Rendez hommage au Fils, de peur qu’il ne s’irrite, et que vous ne périssiez dans votre voie, quand sa colère s’enflammera tout à coup. Heureux [esher] tous ceux qui se confient en lui ! » (Psaume 2 :12, Ostervald). Ici, le concept de bénédiction implique une action de notre part. Cette forme de bénédiction découle de la confiance en Dieu. Ce même concept est renforcé dans le livre des Proverbes : « Qui agit prudemment dans une affaire s’en trouvera bien. Heureux [esher] celui qui met sa confiance en l’Éternel ! » (Proverbes 16 :20, Semeur). La bénédiction associée à esher exige que nous mettions notre confiance en Dieu. Pour la recevoir, nous devons nous placer sous l’autorité de la parole de Dieu. Cela implique l’établissement d’une relation avec Dieu qui soit agréable à notre Père. Ce concept est fréquemment répété tout au long des Psaumes (voir 34 :9 ; 84 :6, 13). Notez également de quelle manière commence le plus grand exposé de la loi de Dieu : « Heureux [esher] ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Éternel ! Heureux [esher] ceux qui gardent ses préceptes, qui le cherchent de tout leur cœur » (Psaume 119 :1-2). Se placer sous l’autorité de la parole de Dieu signifie vivre en accord avec la voie de Dieu. Le psalmiste écrivit que « la loi de son Dieu est dans son cœur ; ses pas ne chancellent point » (Psaume 37 :31). De même, Salomon décrivit le quotidien d’une vie menée selon la voie de Dieu : « Celui qui méprise son prochain commet un péché, mais heureux [esher] celui qui a pitié des misérables ! » (Proverbes 14 :21). Ainsi, la bénédiction (esher) – dans tous ces versets, la bénédiction d’être heureux – exige un attachement aux voies de l’Éternel. En grec et en hébreuCela ressort des paroles de Jésus-Christ, où makarios est traduit par « heureux ». Nous lisons : « Heureux [makarios] plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11 :28). Ou comme le traduit David Stern : « Bénis [makarios] plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui lui obéissent ! » De même, lorsque Jésus s’adressa aux disciples qui étaient rassemblés autour de la table pour Sa dernière Pâque, après leur avoir lavé les pieds dans un geste de grande humilité, Il déclara : « Si vous savez ces choses, vous êtes heureux [ou bénis – makarios], pourvu que vous les pratiquiez » (Jean 13 :17). Jean fut également inspiré à utiliser ce terme à la toute fin du livre de l’Apocalypse. Après avoir décrit la Nouvelle Jérusalem, avec son fleuve et ses arbres de vie, il nous transmit cette exhortation de la part du Messie : « Voici, je viens bientôt. Heureux [makarios] celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre ! » (Apocalypse 22 :7). Tout comme esher, le terme makarios est le résultat de la consécration de notre vie à une existence conforme aux voies de Dieu, qui découle à son tour d’une relation d’abandon total à Dieu. Cette action de notre part est au cœur de ce terme. Elle se rapporte à l’alliance que notre Père nous a invités à conclure avec Lui, une bénédiction suprême (eulogia) venant de Lui. La relation de la Pâque implique également une telle bénédiction dans nos vies. En s’adressant aux frères et sœurs de Rome, l’apôtre Paul cita le roi David (cf. Psaume 32 :1-2) pour décrire les effets de la Pâque, la bénédiction de l’homme à qui Dieu impute la justice indépendamment des œuvres : « Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées, et dont les péchés sont couverts ! Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché ! » (Romains 4 :7-8). Pourquoi le mot makarios est-il utilisé dans ces versets pour décrire le type de bénédiction en question ? Eh bien, lorsque nous célébrons la Pâque dignement, nous montrons que nous avons accepté le sacrifice de Jésus-Christ comme expiation pour nos péchés. Grâce à cette acceptation, nous sommes prêts à mener une vie qui reflète une relation d’obéissance avec le Père et avec Jésus-Christ. Nous avons ainsi la certitude que Dieu agira selon Sa parole. C’est une bénédiction qui découle de notre engagement à suivre le mode de vie de Dieu. La bénédiction de suivre la voie divineLe fruit de cette relation (le fait d’être heureux et béni en menant la sorte de vie si magnifiquement décrite dans Psaume 1 :1-2) se révèle dans les béatitudes comme étant l’humilité (être pauvre en esprit), la douceur et la soif de justice. C’est si différent de l’attitude habituelle de ceux qui entretiennent une relation avec une personne influente, célèbre ou haut placée. Beaucoup de gens se vantent de posséder de telles relations, tandis que la relation avec notre Père céleste et avec Son Fils engendre en nous une humilité nous permettant de servir les autres comme Jésus-Christ nous a servis. C’est la voie du don, par opposition à la recherche du profit. Notre Père cherche à nous bénir en nous intégrant à Sa famille. Telle était l’intention initiale de Dieu lorsqu’Il créa les êtres humains et c’est pourquoi ils furent bénis, comme le rapporte Genèse 1 :28. Nous trouvons aussi dans Psaume 1 :1-2 et Matthieu 5 :1-9 la réponse appropriée que chacun d’entre nous doit apporter à cette invitation à la bénédiction ultime. La plupart des gens recherchent les bénédictions afin de s’enrichir ou d’améliorer leur condition. Cependant, les bénédictions dont il est question ici découlent d’une relation fondée sur notre engagement à mener un certain mode de vie – une voie qui profite aux autres plutôt qu’à soi-même. Le Père souhaite que tous puissent bénéficier de cette sorte de bénédiction. Le terme « heureux » ou « béni » employé dans les béatitudes fait référence à l’attitude de soumission grâce à laquelle nous pouvons manifester le caractère décrit dans ces versets. Nous ne pourrons jamais être ce genre de personne sans être totalement soumis et engagés dans le mode de vie de notre Père et de Son Fils. Sans cette forme de bénédiction, nous ne pourrons pas accomplir le dessein que notre Père nous réserve.
Article a408 – www.eglisedieuvivant.org
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